Vous avez probablement entendu parler des constellations systémiques comme méthode utilisée à des fins d’accompagnement sur le plan familial et personnel. Peut-être en avez-vous vécues vous-mêmes. Mais saviez-vous qu’elles peuvent également être utilisées dans le contexte de l’entreprise, et spécifiquement en RH, afin de mieux comprendre le système humain ou organisationnel à l’œuvre ? C’est ce qu’a proposé de découvrir l’atelier orchestré par l’équipe de băo academy, Pierre Lucas, Laurent Kahn et Jérôme van Lidth.
« La méthode des constellations systémiques s’inspire des coutumes et rituels du peuple Zoulou qui permettaient d’entrer en contact avec leurs ancêtres, confie Pierre Lucas. Elle a été formalisée par Bert Hellinger, prêtre missionnaire allemand formé à la psychanalyse, pour être utilisée en thérapie familiale. Si vous ne l’avez jamais pratiquée, peut-être en avez-vous entendu parler via la série Netflix ‘Le chemin de l’olivier’ qui illustre de manière romancée comment l’outil permet d’explorer les dynamiques familiales. »
Après s’être formés très longuement à la méthode, plusieurs membres de l’équipe de băo academy la pratiquent également en entreprise sur base de protocoles précis et sécurisés.
« Il s’agit d’un outil qui permet de voir ce qui n’est pas visible, particulièrement pour l’observation d’un système complexe. Le corps humain en est un. L’entreprise est un autre, avec plein d’éléments intérieurs et extérieurs qui interagissent, mais sans que l’on sache toujours très bien sur base de quelles lois. »
Prenons l’exemple d’un conflit dans une équipe. S’il dégénère, il peut provoquer un effet de contagion dépassant certains frontières et de nature à affecter plus largement l’entreprise. « Il n’est pas évident de lire ce qui se passe, qui tient avec qui, quelle est la cause première, ce qu’il faudrait faire pour éviter que le conflit ne s’envenime ou ne s’étende, etc., explique-t-il. Recourir aux constellations va permettre de cerner les liens entre les personnes qui n’auraient jamais été détectés à l’aide d’entretiens classiques ou avec un coaching. L’outil vous amène à chausser d’autres lunettes pour appréhender la problématique et envisager de la traiter par un autre bout. »
Comme la toute grande majorité des participants à l’atelier n’avaient jamais expérimenté les constellations systémiques auparavant, l’équipe de băo academy leur a proposé trois applications expérientielles.
« La première a porté sur une question familiale apportée par un des participants, raconte Pierre Lucas. La première ‘entreprise’ dans laquelle chacun de nous doit faire sa place, c’est la famille avec ses figures d’autorité ou de non-autorité, les pairs que sont les frères et sœurs, etc. Partir de cet exemple facilite l’appropriation de la méthode dès lors que nous avons tous une famille — même si toutes sont différentes. Cette première expérimentation a permis à tout le monde de réaliser la puissance de l’outil. »
Une deuxième expérimentation a ensuite été appliquée au monde de l’entreprise, avec une des participants acceptant de mettre en carte une situation conflictuelle en interne. « Dans le processus, nous veillons à donner le moins de pouvoir possible à l’animateur, explique-t-il. C’est pourquoi les rôles de la situation que reçoivent les gens sont donnés à l’aveugle. Même l’animateur ignore qui représente quel rôle, ce qui enlève tout pouvoir d’interprétation et de projection. C’est là que l’exercice devient bluffant. Un participant va ‘représenter’ la personne, un autre son chef, d’autres ses collègues, etc. Le participant ne connaît pas la personne, et encore moins ses collègues, ni les interactions entre eux. Il ne sait pas ce qu’il se passe, car on ne raconte pas l’histoire. Tout se passe alors comme si le corps humain se connectait à un champ d’informations qui lui permet d’interagir avec les autres éléments, exactement de la façon dont ça se passe dans l’entreprise ou dans la famille. »
La troisième expérimentation a véritablement porté sur les enjeux de durabilité. « Nous avons voulu explorer quel était le positionnement de chacun des membres d’un comité de direction par rapport à l’ESG, détaille Pierre Lucas. Une des DRH a ainsi ‘convoqué’ les membres de son comité de direction, joués par d’autres participants, et a choisi quelqu’un pour représenter son propre rôle. Elle restait donc observatrice. L’exercice s’est révélé intéressant car on voyait très clairement apparaître les interactions entre les personnes, les lignes de tension, les points de blocage, les freins, les endroits où il faudrait mettre de l’huile dans les rouages, etc. Quelqu’un peut ainsi dire être pour davantage d’engagement en matière de durabilité — comment pourrait-on être contre ? —, mais avec une parole qui ne serait pas complètement authentique. Eh bien, là, ça se verra tout de suite. »
Ces trois constellations en mode expérimental ont été relativement courtes, de l’ordre de 35 minutes. « Lorsque nous les menons en entreprise, il faut compter une heure à une heure et demi et nous en réalisons plusieurs pour explorer les différentes composantes de la problématique. Mais rien que cette petite démo a montré la pertinence de l’outil pour explorer le rôle du DRH en matière de durabilité dans le cadre du système qu’est son entreprise. On peut par exemple creuser les éléments qui vont favoriser une politique ESG efficace et authentique et ceux qui peuvent constituer un frein — des membres de l’équipe de direction, des actionnaires, des administrateurs, mais aussi la politique de produit, des processus RH, etc. »
Autre piste : mettre en carte cinq à dix mesures envisagées pour obtenir la certification B Corp ou, plus largement, pour avoir un impact positif en matière de durabilité. « On peut aussi tester l’impact qu’un recrutement va avoir sur la politique ESG. On peut mesurer l’impact qu’un investissement va avoir sur la politique ESG. On peut identifier les effets rebonds, par définition inconnus, que telle ou telle décision va avoir. Ce qui permettra au CEO, à la DRH ou à la personne en charge de la durabilité de mettre une paire de lunettes ultra-puissante. À souligner toutefois qu’une constellation ne donne pas de réponse aux questions. Il faut garder beaucoup d’humilité par rapport à ce processus. Il a plutôt pour vertu d’aider à se poser de bonnes questions. Des questions que, très probablement, on ne se serait pas posées. Et mieux vaut le faire avant que quand il est trop tard. L’idée est ainsi de tester les effets invisibles des décisions avant de les prendre et de les officialiser. »
Les constellations systémiques peuvent être appliquées à diverses situations au sein d’une entreprise ou d’une équipe, par exemple :
Vous souhaitez transformer votre organisation au moyen des constellations systémiques ? L’équipe de băo academy vous propose des solutions sur mesure, basées sur des approches innovantes et dynamisantes. Contactez-nous pour discuter de votre besoin : info@baoacademy.be – tél : 02 289 68 25
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Cet article a été rédigé par Christophe Lo Giudice, suite au Sustainability lab organisé les 16-17 octobre 2024, et publié dans le livre blanc de Htag en mars 2025.